Les chroniques linguistiques dominicales du Ratiocineur, épisode 7
« Ô Sarko, si tu savais... tout le mal que tu me fais ! »

 

par Le Ratiocineur

 

« Ô Sarko, si tu savais... tout le mal que tu me fais ! », telle est mon humeur aujourd'hui, imitant la chanson Marie de Johnny Hallyday (paroles et musique de Gérald de Palmas, © Pimiento Music, BMG Rights Management, France, 2001), en voyant le massacre de la langue française que M. Nicolas Sarkozy a commis lors de son communiqué de presse envoyé sur Twitter relatif au décès récent de la reine d'Angleterre.

 

Nous reproduisons ci-dessous ce communiqué, contenu dans le gazouillis ci-dessus, pour pouvoir l'analyser. On se doute que l'ancien président de la République ne doit pas gérer lui-même son compte Twitter. Il a problablement des larbins pour le faire : la République est généreuse avec ceux qui ont bien contribué à la liquidation de la France. Pour autant, nous attribuerons quand-même les fautes contenues dans cet éloge d'Elizabeth II au président : il n'avait qu'à relire le travail de ses éventuels esclaves pour qu'il n'en fût pas ainsi !

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Ligne 2 : Élizabeth. Elizabeth est un prénom anglais, et par conséquent ne prend pas d'accent aigu. Du reste, dans la suite du texte, Sarko ne semble pas l'ignorer. On peut très bien choisir de franciser le prénom, mais dans ce cas, on met l'accent aigu sur le E à toutes les occurrences du mot Elizabeth. Ce n'est pas fait ici, donc il y a incohérence, donc faute.

Ligne 3 : Le Reine Elizabeth : dès la ligne 3, la reine change donc de sexe. Étrange...

Ligne 5 : Seconde Guerre Mondiale : « mondiale » étant un adjectif, il n'y a pas de raison d'y coller une majuscule. On écrit donc, en bonne typographie : « Seconde Guerre mondiale ».

Ligne 6 : le roi Georges VI. La longueur du règne d'Elizabeth II ne justifie pas qu'elle soit « Reine » (avec une majuscule) alors que Georges VI ne serait que « roi » (avec une minuscule) : Roi et Reine, ou roi et reine, il faut choisir !

Ligne 10 : la plus ancienne démocratie du monde n'est pas l'Angleterre, mais au moins la cité d'Athènes, d'après ce qu'on apprend à l'École. La volonté d'être obséquieux dans une nécrologie ne devrait pas autoriser à raconter n'importe quoi.

Ligne 22 : A chacune de nos rencontres : qui possède donc ces rencontres ? Personne ? Dans ces conditions, c'est peut-être qu'il aurait fallu écrire : À chacune de nos rencontres.

Ligne 22-23 : elle m'a impressionné. Il est vrai que les princes et princesses des nations étrangères où subsiste la royauté, reçoivent, du fait du caractère héréditaire du pouvoir, une éducation à la hauteur de leur noblesse (ce qui ne les empêche malheureusement pas, parfois, d'être impliqués dans des réseaux pédophiles, mais c'est une autre histoire). On n'imagine pas Elizabeth II ayant oublié des « s » à la troisième personne du singulier du présent simple des verbes, tout comme les intermittents du spectacle républicain tels que Sarko confondent un verbe conjugué (a) avec avec une préposition (à).

Ligne 31 : Parler d'amitié indéfectible entre la France et l'Angleterre, c'est n'avoir rien compris à l'histoire, qui témoigne, au contraire, d'une hostilité continue de la « perfide Albion » [*] contre le Royaume de France. Si on a l'impression que les relations se sont normalisées entre les deux pays, c'est tout simplement à cause :

- de la Révolution dite française, qui est en fait une Révolution anglaise ;

- du soft power américain consécutifs aux guerres mondiales qui a complètement lobotomisé les « élites » (anti-)-françaises dont Sarko fait partie.

Ligne 34 : il en va de la famille Royale comme de la Seconde Guerre Mondiale ; pas de majuscule à l'adjectif royale.

En résumé, Sarko nous a livré ici une bien piètre copie, qui aurait mérité d'être relue avant d'être diffusée. Mais bon... puisque, paraît-il, le ridicule ne tue pas, ce fut un plaisir de ridiculiser Sarko ici. Et puis dans sa grande générosité, la République nous a apporté, ultérieurement, en matière de non-maîtrise de la langue française, bien pire que l'ancien président de la République à talonnettes.

[*] Albion est un ancien nom de l'Angleterre. L'expression « perfide Albion » est un peu péjorative mais correspond à un certain nombre de réalités historiques. Il n'est que le lire de Mémoires de guerre du Général de Gaulle pour constater les coups pendables que lui a faits Winston Churchill.

 

 

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