Adélaïde ou la préméditation d'un harcèlement implacable

 

 

Adélaïde est une jeune femme issue d’une famille de l’immigration aux temps forts de la sidérurgie. Son père est ouvrier, très attaché aux valeurs du travail, de la République et souhaite avant tout s’intégrer en France. Il est enrôlé pour la guerre d’Indochine, incorporé d’office. Sa maman est mère au foyer, le temps d’élever leurs 5 enfants ; elle travaillera ensuite.

 

Adélaïde rencontre des problèmes à l’école. C’est difficile pour elle malgré le fait qu’elle travaille. Bien plus tard, elle comprendra qu’elle souffrait de dyspraxie, mais à l’époque cela n’aura pas été détecté. Bien qu’elle soit orientée vers une 6e de transition (filière de l’époque pour diriger ensuite vers l’apprentissage), Adélaïde travaille dur et un instituteur bienveillant l’aide à retourner vers le cycle général. Elle parvient à obtenir son baccalauréat.

 

Sa vocation lui est apparue lors d’un accident domestique : elle a brûlé légèrement sa petite sœur de 9 mois. Elle est hospitalisée et c’est heureusement sans gravité mais, dès lors, Adélaïde souhaite devenir infirmière et embraser une carrière dans le domaine de la puériculture.

 

Adélaïde intègre l’école d’infirmières. C’est une école tenue par des bonnes sœurs . C’est là qu’elle va expérimenter son premier harcèlement.  Une sœur se montre dure avec elle mais aussi 4 autres camarades. Elles sont toutes issues de l’immigration. Pendant un an et demi, elle va tout faire pour leur « pourrir la vie ». Elle accusera Adélaïde de vol en disant qu’elle pense l’avoir reconnue à ses cheveux noirs frisés. C’est un choc pour Adélaïde pour laquelle l’honnêteté est une valeur fondamentale mais également car son père exigeait un comportement parfait et surtout « ne pas faire de vagues ». Adélaïde est accusée sans même qu’une enquête soit réalisée en interne. Seulement voilà, elle, ainsi que les 4 autres têtes frisées, ne travaillaient pas le jour du vol. Le père d’Adélaïde écrit un courrier pour défendre sa fille. La voleuse voyant la tournure des choses se dénonce. L’affaire est close, mais reste marquante mais Adélaïde souhaite aller de l'avant et tire un trait.

 

Le père d’une des victimes de cette sœur est un notable. Il ne reconnaît pas sa fille dans les évaluations qui sont faites concernant ses études et constate que sa fille ne va pas bien. Il écrit à l’inspecteur pour l’en informer. L’inspecteur de la DAS convoque les 5 jeunes femmes, élèves de la même école qui témoignent des mêmes faits.

Lors de la répartition des stages, elles sont toujours affectées aux tâches les plus difficiles et l’accueil qui leur est fait est très souvent rude sans raison apparente. Leurs dossiers contenaient-ils des informations de nature à nuire à leur image et la qualité de leur travail ? Il semblerait que ça ait été le cas car plusieurs infirmières diront être étonnées de voir la qualité de son travail et sa conscience professionnelle qui ne correspondaient pas au profil décrit dans le dossier.

La sœur rabaisse les notes d’Adélaïde et de ses 4 camarades. Adélaïde le sait, car certaines infirmières leur disaient les notes et appréciations qu’elles avaient rédigées et qu’elles ne retrouvaient par sur les notes finalisées par la sœur. À quelques reprises, des infirmières auront rué dans les brancards afin que leurs évaluations soient prises en compte et que les notes des élèves ne soient pas rabaissées.

Lors des examens, la ssœur les mettait toujours dans des cas complexes et difficiles allant même jusqu’à changer de malade le jour de l’examen alors qu’elles auraient dû réaliser l’examen avec des malades qu’elles suivaient habituellement.

 

L’inspecteur de la Dass comprend ce qui se passe et propose aux jeunes femmes un changement d’école. La sœur ne sera pas réprimandée ou limogée et pourra retrouver de nouvelles victimes. Adélaïde, victime, doit changer d’école mais aussi redoubler une année en raison des mauvaises notes que la sœur mettait à son dossier. Elle ravale l'injustice et ne se battra pas.

 

Le médecin de la Dass informe la directrice de la nouvelle école, qui va prendre soin d’Adélaïde. Elle reconnaît son statut de « victime » ce qui permet à Adélaïde de laisser cette expérience derrière elle sans trop de séquelles.

 

Adélaïde doit travailler pour payer ses études ainsi que celles de sa sœur. Le redoublement est un coup dur. Elle accepte, que pourrait-elle faire d'autre ?  Elle va continuer son boulot de caissière et travaille tous les samedis. Marie-Rose, infirmière âgée de 70 ans mais toujours active, ne voulant pas abandonner les malades qu’elle suit depuis toujours propose à Adélaïde un arrangement. Des nuits en tant qu’aide soignante (poste que ses deux années d’études lui permettent de tenir). Elle abandonnera sa place de caissière pour travailler les nuits de fin de semaine et les vacances scolaires.

 

Adélaïde a 20 ans, son diplôme en poche,  elle souhaite maintenant passer le concours pour une spécialité en puériculture. Elle l’obtient et doit trouver comment concilier études et travail rémunérateur. Le directeur d’un hôpital lui propose de payer ses études en échange de 3 ans d’engagement dans un service de réanimation adultes. Il connaît les qualités professionnelles d’Adélaïde. Marie-Rose lui offre de travailler les soirs, les fins de semaine et lors des vacances.  Adélaïde choisit la proposition de Marie-Rose car elle s’entend très bien avec elle mais aussi parce qu’elle veut garder sa liberté pour réaliser son objectif d’exercer en puériculture. Elle refuse ainsi l’engagement de 3 ans en réanimation préférant sa liberté à la facilité d’études financées.

 

Marie-Rose aura toujours été très arrangeante, elles deviendront amies, s’appréciant autant professionnellement qu’humainement. Marie-Rose informe Adélaïde du projet de crèche dans la ville.

Adélaïde travaille à la maternité mais elle constate que cela ne lui convient pas. Elle réalise aussi des missions d’intérim dans le pays voisin mais là encore, elle sent que ce n’est pas ce qui lui convient. Marie-Rose lui montre cette fois l’annonce pour la recherche de puéricultrice dans la ville et Adélaïde postule.

 

Le maire, qui est en charge de décider du recrutement choisit Adélaïde. Elle travaillera 14 ans à ses côtés en tant que directrice de la PMI. Adélaïde prend plaisir  dans ses fonctions, elle est très appréciée, des parents, de ses subalternes et de sa hiérarchie. Elle crée sur ces 14 années,  4 halte-garderies, une mini-crèche, un lieu d’accueil parents/enfants. Elle recrute des assistantes maternelles, les encadre, organise leurs formations pendant lesquelles les enfants sont pris en charge à la crèche. Adélaïde sera connue et reconnue dans la département, ayant souvent apporté sa collaboration et son expérience dans le développement de nouveaux projets, le maire lui fait un confiance totale et défend son travail et ses projets au conseil d’administration du CCAS.

 

Un nouveau maire est élu. Il décide de choisir un nouveau directeur du CCAS, avec lequel Adélaïde travaillera bien. Mais les divergences politiques du maire et du directeur, entraîne la mutation de ce dernier.

 

Adélaïde qui remplit depuis des années le rôle de directrice sans avoir l’indice de coordinatrice de la petite enfance et donc le traitement qui s’y rattache décide de passer le concours pour l’école ds cadres. Adélaïde passe le concours avec succès. Le maire valide cette formation, ce qui implique que d’une part elle sera absente durant un an et que d’autre part la commune valide le financement de la formation. Adélaïde se met en recherche d’une remplaçante pour le temps de sa formation. Elle entame sa formation sans l’avoir trouvée et continuer d’assurer sa fonction durant 3 mois puis réalise la passation de poste à Sylvie, sa remplaçante.

 

Adélaïde reçoit un appel d’une auxiliaire qui l’avertit que sa remplaçante est la maîtresse du maire et fomente à son éviction pour prendre sa place. Adélaïde passe à la crèche à l’improviste et croise la directrice du CCAS qui lui confirme les soupçons. Elle décide d’en parler franchement à Sylvie. Cette dernière prend peur et nie. Adélaïde s'en tient là.

 

La veille de l’argumentation de son mémoire, la directrice du CCAS la met de nouveau en garde et lui confirme être venue sur son lieu de formation car elle a été informée de la tentative de soudoiement de son directeur de mémoire par Sylvie. Adélaïde n’y croit pas. La directrice de son école contacte Adélaïde pour la mettre en garde et lui conseille de faire très attention : que Sylvie a tenté d’obtenir son mémoire avant qu’elle ne l’ait argumenté (un mémoire est publié officiellement après argumentation). Adélaïde ne fera rien.

 

Adélaïde part au Canada durant un mois - stage à l’international pour valider sa formation. C’est une expérience positive, enrichissante et qui éloigne Adélaïde de ces situations troubles.

 

A son retour, en juillet : elle reprend son poste et constate de multiples « petites choses » : elle n’est plus invitée à certaines réunions, n’a plus certaines prérogatives, la directrice du CCAS (sa supérieure hiérarchique) lui dit ne plus avoir le droit de lui parler et Sylvie travaille dans un bureau à côté. Chaque vendredi de l’été, Adélaïde va recevoir un courrier avec accusé de réception lui adressant des reproches sur les années passées, faits soi-disant constatés par Sylvie durant son remplacement. Septembre est plus calme et Adélaïde se dit que les choses se sont calmées. Elle n'agit pas, n'attaque pas, ne se défend pas. Courant octobre, elle reçoit une convocation du percepteur. Il lui demande de faire très attention « ils cherchent à vous mettre des erreurs financières sur le dos, ça ne sent vraiment pas bon pour vous ». Il n’acceptera pas de mettre cela par écrit par peur des représailles. Adélaïde reçoit maintenant un avertissement concernant les années passées. Elle va trouver un syndicaliste qui décèle immédiatement le harcèlement et lui conseille d’aller voir un avocat. Adélaïde ne suivra pas le conseil. Malgré tout ce qu'elle subit, elle ne passe pas en mode "attaque" et reste une victime passive.

 

En janvier, la sœur d’Adélaïde dont le mari est en déplacement à l’étranger, lui demande de l’accompagner à l’hôpital car sa grossesse se passe mal et elle a besoin de soutien. Adélaïde fait prévenir sa hiérarchie de l’urgence et accompagne sa sœur, qui perd son bébé.

 

Adélaïde est accusée d’abandon de poste, Sylvie est nommée pour reprendre son poste. Le coup est rude, elle s’effondre mais n’en parle pas à son médecin, ne parlant avec lui que de la perte du bébé. Adélaïde est déclassée et renommée auxiliaire de puériculture. Elle décide de prendre un avocat. Elle reprend son poste que Sylvie doit lui restituer mais l’avocat l’avertit : « maintenant ils vont vous charger ». Elle n’est pas présente sur les lieux quand un policier municipal fracture la porte de son bureau pour dérober des documents. Adélaïde va déposer plainte. Elle est sous le choc mais le policier qui la reçoit comprend la situation et l’aide à lister les faits. Tout porte à croire que ce policier était informé d’autres agissements du maire. Le maire exulte.

 

En réponse à sa plainte, Adélaïde reçoit un avertissement du procureur de la République. Son avocat lui confirme qu’il s’agit d’une menace, d’une méthode d’intimidation et de la connivence du maire et du magistrat. Elle a cependant gain de cause au procès puis en appel.

 

Le maire demande à trois reprises sa révocation ainsi que le remboursement de sa formation. Les frais de justice concernant la commune sont assumés par les contribuables tandis qu’Adélaïde doit assumer les siens.

 

Lors d’une discussion avec son avocat qui lui pose une question, Adélaïde se demande comment il a été informé. Elle apprend qu’il a rencontré Sylvie lors d’une soirée et a échangé avec elle au sujet de son affaire. Adélaïde perd confiance et ne lui donne plus mandat pour la représenter. Adélaïde tombe malade et est arrêtée durant 4 mois pour un lupus. Cette maladie auto-immune peut trouver sa source dans des émotions fortes. Ses amis, sa famille lui conseillent de partir afin de se protéger. Adélaïde est abattue et finit par céder.

 

Elle trouve un autre emploi mais sa santé ne lui permet pas de faire face aux deux heures de route quotidiennes. Elle ne veut pas déménager, ce qu’elle vivrait comme une punition et trouve un autre poste plus proche de son domicile mais elle se retrouve face un nouveau harceleur notoire et pourtant toujours en poste. Elle trouve un autre emploi dans un CHU et prend enfin conscience de son statut de victime lorsqu’elle est de nouveau harcelée par une cadre. Elle a des crises de lupus rhumatismale fréquentes et est sous antidépresseurs. Certaines victimes s’unissent et parlent. Elles sont 18 à avoir été « fracassées » par cette cadre qui était couverte par sa hiérarchie durant des années. La loi sur le harcèlement et les plaintes auront raison d’elle et elle sera mise au placard en fin de compte.

 

Afin de préserver sa santé, elle postule dans l’Éducation nationale (18h par semaine) et décide de suivre une psychothérapie qui durera 5 ans. Elle se reconstruit doucement. Une collègue va se livrer à du harcèlement avec elle - médisance auprès des élèves, entrées intempestives dans sa salle de classe en plein cours. Adélaïde finit par aller voir la proviseure qui l’attendait depuis 6 mois empilant les courriers de la harceleuse sur son bureau. Sa collègue était rongée de jalousie car elle n’a jamais été reçue au concours d’infirmière. Elle s’en prenait à toutes les infirmières que l’inspectrice nommait à ce poste (car expérimentées) et en avait harcelées 6 en tout. L’une d’entre elles avait écrit au proviseur mais n'avait pas eu de réponse. La proviseure la sanctionne mais elle est maintenue en poste.

 

Adélaïde, en raison de son lupus, ne retournera pas travailler pendant la période Covid. Elle bénéficie maintenant d’une retraite anticipée. Elle va maintenant beaucoup mieux.

 

Quand elle revient sur sa vie, Adélaïde s’exprime ainsi :

 

« j’ai payé très cher, j’ai beaucoup travaillé, toujours du mieux possible, j’ai eu beaucoup d’amis de collègues, de parents qui m’appréciaient. Ils me disaient que j’étais une personne merveilleuse et que c’était bien lui le « pourri ». Mon karma reste positif. Si je pouvais changer quelque chose, j’irais consulter un psychiatre spécialisé beaucoup plus tôt car il m’a donné des outils pour me défendre et me protéger.  Cela m’aurait évité les répétitions. Tout ceci a été tellement violent, et j’étais une « gentille. Heureusement pour moi, je parlais beaucoup ».

Adélaïde ou la préméditation d'un harcèlement implacable
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