Des cartons bien remplis pour votre déménagement ?

par Le Ratiocineur

                
                                                             

  

"Veiller à bien remplir les cartons

pour pouvoir les empiler."

Conseil logistique

 

Qu’est-ce qu’un carton bien rempli, et en quoi le fait que des cartons que soient bien remplis assurent la possibilité qu’on puisse les empiler ?

Ouvrons notre application mobile (un dictionnaire papier fait sûrement aussi l’affaire...) du Robert pour constater que « bien » est un adverbe dont le premier sens est : « d’une manière satisfaisante ». Il n’y a aucune idée dans l’adverbe bien de la nécessité de ce qu’un carton soit complètement rempli...

Et en fait, un carton pourrait au moins être, en théorie :
    — bien rempli et complètement rempli ;
    — bien rempli, mais incomplètement rempli ;
    — mal rempli, mais complètement rempli ;
    — mal rempli, et incomplètement rempli.


Bien entendu, « complètement rempli » est une sorte de pléonasme (et donc « incomplètement rempli » est un oxymore...) puisque « remplir » signifie, toujours d’après Robert mobile :

« rendre plein, utiliser entièrement (un espace disponible) ».

À ce stade, le lecteur conclura peut-être que nous faisons preuve de mauvais esprit en contestant la formulation du conseil logistique ci-dessus. Finalement, le conseil consiste à recommander :
   — que le carton soit rempli, c’est-à-dire plein ;
   — que le remplissage soit correct, ce qui consiste, par exemple, à ne pas laisser de « trous », qui pourraient faire en sorte que, placé sous un deuxième carton, le premier carton s’affaisse.

Seulement voilà : un carton vide est forcément bien rempli ! Pourquoi ? En
théorie des ensembles et en logique, l’implication :

x ∈ ∅ implique  N’importe quoi

est toujours vraie ! En effet, si elle était fausse, on pourrait trouver des éléments dans l’ensemble vide (noté ici ∅) tels que la propriété « N’importe quoi » ne soit pas vérifiée. Or, définitivement, il n’y a aucun élément dans l’ensemble vide : contradiction ! Donc l’implication est vraie.

Revenons alors à nos cartons... Si un carton est vide, il n’y a pas d’objets dedans. Il est donc bien rempli ; sinon on pourrait trouver dans le carton des objets mal rangés dont on pourrait conclure que le carton est mal rempli.

Le problème est alors celui-ci : dès qu’un carton est vide, si on empile par-dessus un carton plein, correctement occupé par les objets qu’il contient, le premier carton ne peut que s’esclaffer, bien qu’il soit « bien rempli ».

Il est temps de tirer deux enseignements de cette chronique inaugurale.

Premièrement : on a tout à gagner à être le plus précis possible quand on communique par écrit, y compris par SMS, clavardage, ou gazouillis sur Twitter, et pour cela, il faut essayer de penser les ambiguïtés éventuelles de ce qu’on écrit. Dans cette critique nécessaire de l’écrit, les mathématiques et la logique, assez malmenées depuis le début de la crise sanitaire liée au Sars-Cov 2, peuvent être secourables...

Secondement : puisqu’un ensemble vide a toutes les propriétés qu’on veut, de façon analogue, en matière de devoirs de contrôle continu, d’examens blancs, et autres épreuves du baccalauréat, une copie blanche est forcément bien rédigée ! Alors au lieu de sur-noter les élèves lors de prestations fautives sur le plan syntaxique, lexical, grammatical et orthographique, pourquoi ne pas leur attribuer un nombre de points forfaitaire (par exemple 4 s’il y a une note éliminatoire de 5, ce qui serait l’équivalent du salaire « fixe » par rapport au salaire « variable » dans la rémunération des commerciaux) dans le cas où ils rendraient copie blanche ? N’y aurait-il pas, dans cette attitude, un début de prise de conscience à la Socrate : « ce que je sais, c’est que je ne sais pas... ». Et cette prise de conscience est toujours un prérequis pour toute progression ultérieure...

 

Le Ratiocineur est mathématicien de formation, et expert en orthographe (nombreuses obtentions d'un score supérieur à 900 au Certificat Voltaire). Le Ratiocineur se veut rigoureux sans être cuistre ; pédagogue sans être condescendant.

Le Ratiocineur est mathématicien de formation, et expert en orthographe (nombreuses obtentions d'un score supérieur à 900 au Certificat Voltaire). Le Ratiocineur se veut rigoureux sans être cuistre ; pédagogue sans être condescendant.

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